Un événement "Geek" va se tenir très prochainement.
Version courte :
Pour son affiche, la société utilise une image générée par Intelligence Artificielle, mélange de Star Wars, Marvel et One Piece.
Un peu de ciné, de comics, de télé, et de mangas. Il m'arrive d'aller dans ces "Comic Con". Tout n'est pas toujours à jeter. J'y trouve même parfois ma part. Mais... c'est rude !
Pour vous épargner de tout lire, voilà déjà ma conclusion : Dès lors que ce type d'événement (et j'inclue les festivals, et salons lambda) inclut de l'IA dans son affiche, je n'y vais pas.
Car je sais qu'il n'y a pas l'ambition éthique et artistique minimale pour que j'y perde mon temps.
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Version longue :
Sur le principe, l'utilisation de l'IA est le signe de gens pour qui, la fin justifie les moyens.
Faire de l'argent en bout de chaîne, en oubliant qu'au tout début, il y a eu des créateurs.
Cette amnésie est commode. Elle libère de la conscience.
Ainsi, pour eux, un visuel "séduisant" (question de goûts mais admettons), passe avant l'éthique (𝘤̧𝘢 𝘴𝘦𝘳𝘵 𝘢̀ 𝘲𝘶𝘰𝘪 ? 𝘤̧𝘢 𝘪𝘯𝘵𝘦́𝘳𝘦𝘴𝘴𝘦 𝘲𝘶𝘪 ?).
Un business à ambition morale (et financière) réduite, ou ne pèse pas la considération de la survie de ceux-là même dont c'est le métier de créer les contenus qui sont la base de ce qui y sera à vendre : des auteurs, des artistes, des femmes, des hommes.
De l'IA, pour l'économie d'un budget création visuelle.
Seuil de rentabilité abaissé, par réduction des coûts d'investissement (cours d'économie niveau seconde). Et surtout : s'épargner la complication des échanges avec des créateurs (c'est parfois ces ajustements qui demandent le plus de temps, d'écoute, de remise en question, dans la création. C'est aussi son sel).
Comme presque tous les derniers événements de ce type auxquels j'ai pu participer (où dont on m'a fait des retours), au fil des ans, dur de retenir autre chose que l'aspect pompe à fric opportuniste, marché de produits - pour la plupart en plastique, faits à l'autre bout du monde - dont les standistes ne sont que les revendeurs. Du Shein spécialisé en nostalgie colorée, du Temu pour consuméristes. Du RÊVE aussi, ne le nions pas, pour les amateurs de séries, BD, ou films qui comptent pour eux.
Venir pour travailler, gagner sa vie, c'est une chose, c'est respectable, et c'est aussi ce qui fait que, bon an mal an, "j'en vis" (pour ma part, c'est surtout le moyen de rencontrer des vrais gens, des lecteurs, des humains, des curieux, et de là, faire connaître ce que je fais, plutôt que de "gagner" en termes financiers directs).
Mais qu'il y ait de l'humain, un supplément d'âme, une implication émotionnelle, une forme de "Ghost" dans la coquille, est une base à la valeur de ces rencontres. La base. Et de la gratuité, aussi. Ceux qui m'ont rencontré le savent : Avec moi, en direct, la dédicace est OFFERTE ! Et dans ces foires à boudins, ce don, au choix de l'anonyme qui vient à moi, c'est en soi un acte de résistance auquel je me tiens comme un bulot sur son rocher.
Mais le constat est là : les promoteurs de ces machins "Geek/Pop/Nerds" n'ont aucune ambition de vous élever, de s'adresser à votre intelligence ou à votre singularité. Il n'y a quasiment jamais la moindre exposition, la moindre conférence qui ne soit pas basée sur autre chose que sur "l'expérience de toucher du doigt" un univers fictif (prendre une photo - payante - pour forcer un sourire, comme ceux, à l'encre, imprimés sur les colis Amazon).
Du sexe tarifé vendu comme une idylle réciproque.
Du capitalisme basique, emballé en culture référentielle commune, souvent - ironie suprême - emballée comme "rebelle".
Les promoteurs de ces machins "Geek/Pop/Nerds", disai-je, se préoccupent autant de l’art, des artistes, des intentions, du sens, de l’éthique, du contenu, de l’Histoire, ou même de Goldorak... que vous de la couleur de ma chienne adorée (elle est jaune !).
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Pour avoir la confirmation que l'image ci-dessous était bien de la bonne grosse IA qui tâche (j'ai volontairement biffé la ville et la date - vous trouverez en 2 minutes par vous-même sur le web, pas le sujet, et on ne va pas leur faire de la pub non plus), Il a fallu remonter leur fil Facebook, ramper dans tout un tas d'annonces de participation de "stars" (du doublage, de la télé, du cosplay - c'est vendu comme ça), jusqu'à novembre dernier, moment du dévoilement de l’affiche.
Même si ce n'est jamais avoué (ce qui est en soi une réponse), c'est bien de l'IA. Chacun des rares commentaires qui félicite l'image se voit répondre d'un "merci !" + émoji ému, de celui qui se présente comme "le graphiste", tandis que les questions sur "qui a dessiné ?" restent... sans suite.
Un rapide tour sur la page de celui qui répond "Merci !"... confirme ce qu'il faut entendre par "graphiste", ce mot à double-sens : "celui qui pose les textes sur l'image" - ici générée par IA, donc. Pas un artiste qui imagine, dessine, colorise, crée, quoi.
Un seul donc, tentera LA question (Arno Kikoo - merci à lui !) "Peut-on savoir qui est l'auteur de l'affiche ?"
Il n'aura jamais de réponse.
La "pop culture" est une arnaque.
Car elle est tout sauf "populaire" (appartenant au peuple).
C'est le strict inverse.
Un système de franchises (un simple domaine d'exploitation, quoi, à entendre au sens d'un terrain privé à exploiter, une raisin à écraser), éternellement renouvelé, vidé, dépolitisé, dénaturé. Un système d'appâts. "Des barbelés dans la prairie", pour reprendre un titre de Lucky Luke. (LISEZ Goscinny ! VOILÀ un rebelle !)
Poussés par leurs rêves, les fans alimentent la machine de la seule source d'énergie digeste par elle : leur portefeuille.
Des rêves pour les fans de ce bon M. Anderson ("t'as la réf ? ") pour nourrir la matrice.
Hubert Reeves disait : "𝘓𝘢 𝘧𝘢𝘪𝘭𝘭𝘦, 𝘲𝘶𝘪 𝘯𝘰𝘶𝘴 𝘤𝘰𝘯𝘥𝘢𝘮𝘯𝘦 𝘢̀ 𝘱𝘦𝘳𝘥𝘳𝘦 (face à l’IA comme dans d'autres enjeux), "𝘤’𝘦𝘴𝘵 𝘭𝘦 𝘗𝘍𝘏 𝘭𝘦 𝘗𝘶𝘵𝘢𝘪𝘯 𝘥𝘦 𝘍𝘢𝘤𝘵𝘦𝘶𝘳 𝘏𝘶𝘮𝘢𝘪𝘯."
Sans moi.

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